LES HUILES ESSENTIELLES

LES HUILES ESSENTIELLES ET LE SYSTEME RESPIRATOIRE

Une huile essentielle (HE) est un extrait lipophile et odorant, obtenu par distillation par entrainement à la vapeur d’eau, d’une partie (écorce, feuilles, fleurs, fruits ou racines) d’une plante dite « aromatique » car elle possède la particularité de synthétiser une essence. Parmi les 800 000 espèces végétales dénombrées dans le monde, seulement 10% possèdent cette spécificité. Les plantes aromatiques sont, donc, des végétaux rares et remarquables.

Leur utilisation, à des fins diverses, est apparue avec les premières civilisations. Il y a 40 000 ans en Australie, les aborigènes infusaient des feuilles de Melaleuca alternifolia, le fameux arbre à thé ou tea tree, pour soulager de nombreux maux. En Asie (Inde et Chine) et sur tout le pourtour méditerranéen, elles entraient dans la composition de nombreuses préparations culinaires, cosmétiques ou médicinales. Dans l’Antiquité, les égyptiens s’en servaient pour embaumer leurs morts. L’état de conservation des momies retrouvées met en exergue le pouvoir antiseptique de ces végétaux. Hippocrate de Cos, Dioscoride et Pline l’ancien, médecins grecs ou romains, les conseillaient en fumigations afin assainir les organismes infectés et les atmosphères putrides. C’est en Perse, mille ans avant notre ère, que Ibn Sina, dit Avicenne, inventa l’alambic et le procédé de distillation qui permit l’obtention de la première « véritable » huile essentielle.

 

Les huiles essentielles possèdent de nombreuses propriétés médicinales que l’on utilise en aromathérapie. Tandis que leurs fragrances subtiles et variées agissent, en olfactothérapie, sur la sphère psycho-émotionnelle.

Dans la majorité des cas, il est aisé de comprendre l’impact physiologique d’une huile essentielle sur l’organisme car il est intimement lié à présence de molécules naturelles, comme l’eucalyptol ou 1,8 cinéole, le thymol, le camphre ou encore l’alpha terpinéol. Une HE peut contenir jusqu’à 200 molécules appartenant à des groupements chimiques connus comme les oxydes, les phénols, les cétones ou les alcools terpéniques (terpinéols) qui engendrent des activités thérapeutiques. Des études, in vitro, en laboratoire, mais aussi, en clinique, chez l’homme, ont permis de mettre en évidence des qualités antiseptiques, mucolytiques, anti-inflammatoires, antalgiques, hormon-like… mais aussi toniques, apaisantes, équilibrantes. Comme de nombreux actifs puissants, certaines huiles essentielles possèdent des effets secondaires qu’il est nécessaire de connaître avant de les utiliser. Sept effets indésirables ont été recensés :

 

1) dermocaustique (irritant et nécrosant pour la peau et les muqueuses).

2) hypersensibilisant (provoque des allergies),

3) photosensibilisant (augmente la sensibilité de la peau au soleil),

4) neurotoxique (nocif pour le système nerveux),

5) néphrotoxique (nocif pour les reins),

6) hépatotoxique (nocif pour le foie),

7) abortive (génère des contractions chez la femme enceinte).

Par exemple, les huiles essentielles contenant des phénols sont hépatotoxiques et dermocaustiques. Cependant, une concentration et une posologie adaptées permettent de pallier ces problèmes. C’est dans cet environnement subtil et exigeant que les professionnels de santé préconisent que ces extraits végétaux soient conseillés par des personnes compétentes en la matière. Toutefois, les spécialités pharmaceutiques commercialisées permettent une utilisation sécurisée de ces produits naturels et efficaces.

 

Les pouvoirs antibactériens, antiviraux, antifongiques et antiparasitaires de certaines HE ne sont plus à démontrer. Depuis plusieurs décennies, on remarque que certaines bactéries ont acquis la faculté de devenir insensibles aux antibiotiques. A travers le monde, ce phénomène d’antibiorésistance est devenu un véritable problème de santé publique. Des études, réalisées par des équipes de scientifiques indiens et serbes, respectivement en 2011 et 2014, prouvent qu’associer une huile essentielle à ces médicaments permet de potentialiser l’effet de ce dernier. C’est dans cet esprit, qu’en 2017, le Professeur marocain Adnane Remmal a mis au point un médicament recourant à cette synergie entre le naturel et le synthétique. Toutes ces expériences confirment que certaines huiles essentielles ont un puissant pouvoir antiseptique. Cette propriété est particulièrement intéressante pour toutes les pathologies hivernales pouvant être d’origine bactérienne ou virale (rhume, bronchite, etc…). La prise d’HE, dès l’apparition des premiers symptômes (nez qui coule, gorge qui gratte…) par voie orale, locale ou par inhalation guérit rapidement une personne malade.

Les huiles essentielles contenant des phénols (les origans, la sarriette, le thym à thymol ou le giroflier), des aldéhydes aromatiques (les cannelles), des alcools terpéniques (le thym à linalol, le tea tree, la marjolaine…), des oxydes (les eucalyptus globuleux et radié, le myrte, le niaouli, le ravintsara…) ou des terpènes (pin, zestes de citrus) sont d’excellents antimicrobiens. De plus, il est important de réaliser que certaines d’entre elles présentent un véritable tropisme, une fructueuse affinité, pour un organe donné. Par exemple, celles riches en eucalyptol (oxyde) possèdent des activités adaptées à la sphère ORL et pulmonaire. Elles sont antibactériennes, antivirales mais aussi expectorantes, mucolytiques et immuno-modulantes. Elles peuvent être conseillées par voie orale, locale mais surtout en inhalation pour désinfecter et dégager le nez, la gorge et les bronches en cas de rhume, de rhinite, de rhino-pharyngite ou de bronchite. En aromathérapie, le premier contact avec une huile essentielle est olfactif grâce à leur nature volatile. Cette caractéristique et leurs propriétés désinfectantes font d’elles des actifs particulièrement intéressants pour d’assainir toutes les voies du système respiratoire.

Un mélange de 3 à 5 huiles essentielles donne d’excellents résultats pour soigner et soulager, agréablement et naturellement, de nombreux maux. Ces synergies d’extraits végétaux possèdent de multiples vertus thérapeutiques qu’il est intéressant d’utiliser, en première intention, afin de restaurer un état de « bonne santé ».

Photo Pascale IMBERT
Pascale Gélis Imbert est docteur en pharmacie spécialisée en phytothérapie et aromathérapie depuis plus de 20 ans. Elle est enseignante, membre du comité scientifique de l’Observatoire des Médecines Non Conventionnelles à la faculté de médecine de Nice, experte auprès d’entreprises et auteure d’ouvrages sur les plantes et les huiles essentielles. Son site : www.epiphyt.com

 

Lexique :

  1. Antalgique: substance qui atténue ou supprime la douleur
  2. Antifongique: les substances antifongiques soignent les maladies (mycoses) dues à la présence de champignons
  3. Antiseptique : substance qui permet de supprimer ou d'empêcher le développement de bactéries, de virus ou d’autres micro-organismes.
  4. Hormon-like: se dit de substances qui agissent comme une hormone.
  5. Immuno-modulante: substance qui rééquilibre le système immunitaire.
  6. Lipophile : miscible dans les huiles et les solvants apolaires mais non miscible à l’eau.
  7. Mucolytique : substance qui fluidifie le mucus, substance sécrétée par les muqueuses.

 

HAUT